« Logiciel de caisse 100 % gratuit ! » C'est l'argument qu'on lit partout. La vérité est plus nuancée : il y a des solutions vraiment gratuites, mais avec des limites concrètes ; et il y a des solutions présentées comme gratuites qui coûtent au final plus cher qu'un abonnement honnête. Décryptage.
Les trois modèles qu'on appelle « gratuits »
1. Le freemium « pour de vrai »
Quelques éditeurs proposent une version vraiment gratuite, ad vitam, qui couvre les besoins essentiels d'un tout petit commerce : 1 caisse, 1 utilisateur, fonctions de base, statistiques limitées. C'est honnête tant que vos besoins restent dans le périmètre annoncé.
Limites typiques :
- 1 seule caisse (pas de seconde caisse en heure de pointe).
- Pas de gestion multi-utilisateurs avec droits différenciés.
- Pas d'imprimante cuisine, pas de KDS.
- Pas de gestion réservations, ni de fidélité.
- Pas d'intégration plateformes (Uber Eats, Deliveroo).
- Stockage limité (3 mois d'historique seulement, par exemple).
Pour un food truck saisonnier ou un petit commerce de proximité au démarrage, c'est un choix légitime. Pour un restaurant de 30 couverts, ça devient vite limitant.
2. Le « gratuit avec commission »
Le modèle popularisé par certaines marques comme SumUp, Square ou Helloasso : le logiciel est gratuit, mais l'éditeur prend une commission sur chaque paiement par carte bancaire traité via leur TPE.
Les commissions sont typiquement de 1,5 à 2,75 % du montant. Pour un restaurant qui fait 200 000 € de chiffre annuel avec 70 % en CB, soit 140 000 € en CB :
- Commission à 1,75 % = 2 450 € / an
- Commission à 2,5 % = 3 500 € / an
Soit 200 à 290 € par mois en commission, contre 50 à 100 € pour un abonnement caisse classique avec un TPE bancaire négocié à 0,5 % maximum.
Conclusion : « gratuit » avec commission CB coûte 2 à 4 fois plus cher qu'un abonnement classique dès que vous dépassez 100 000 € de CA annuel.
3. Le « gratuit » comme appât
Plus rare mais plus piégeux : un logiciel gratuit dans sa version d'essai (3 mois gratuits, 6 mois gratuits, « première année offerte »...), avec passage automatique à un abonnement payant ensuite, parfois plus cher que la concurrence. Vous êtes alors enfermé dans le système (vos données, votre catalogue, vos clients) et changer demande un effort de migration.
Vérifiez toujours avant de signer :
- Quel sera le tarif après la période gratuite ?
- Comment résilier (préavis, modalités) ?
- Comment exporter mes données si je pars ? (FEC, archive NF525, export catalogue, export clients...)
Les coûts cachés à toujours vérifier
L'attestation NF525
Une caisse vraiment gratuite peut-elle être conforme à la loi anti-fraude TVA ? La réponse : oui, théoriquement, mais peu d'éditeurs gratuits fournissent une attestation NF525 individuelle. Sans cette attestation, vous risquez 7 500 € d'amende en cas de contrôle. Voir notre dossier complet sur l'attestation NF525.
Avant de signer, demandez l'attestation au format PDF à l'éditeur. Si elle n'est pas fournie ou difficile à obtenir, c'est un signal d'alerte fort.
Le matériel
Le logiciel est gratuit, mais il vous faut quand même : un iPad (300 à 500 €), une imprimante ticket (180 à 300 €), un tiroir-caisse (80 à 120 €), un TPE CB (gratuit en location si vous êtes engagé chez un PSP commission-based, ou 250 à 450 € à l'achat). Soit 800 à 1 200 € minimum de matériel.
Le support et la formation
Un logiciel gratuit propose souvent un support par email avec un délai de réponse de 24-72 h. En cas de panne en plein service un samedi soir, c'est compliqué. Les éditeurs payants ont en général un support téléphonique à des heures étendues (parfois 7j/7) inclus dans l'abonnement.
Les modules additionnels
La version gratuite n'inclut souvent que les fonctions de base. Dès que vous voulez ajouter fidélité, réservations, gestion stocks, intégration livraison, multi-postes, chaque module se paie. Au final, l'addition est souvent supérieure à un abonnement tout-compris.
Tout est inclus, sans commission CB ni surprise
Tarif unique tout-compris (caisse, fidélité, réservation, intégrations). Vous gardez le TPE de votre choix. Attestation NF525 fournie systématiquement.
Quand le gratuit est un bon choix (et quand non)
Cas où c'est OK
- Vous démarrez votre activité et faites moins de 30 000 € de chiffre annuel. Le freemium honnête couvre vos besoins, vous testez votre marché sans engager.
- Auto-entrepreneur non assujetti à la TVA : la loi anti-fraude TVA ne s'applique pas, donc l'attestation NF525 n'est pas exigée.
- Activité très saisonnière (3 mois par an) où vous fermez ensuite : un abonnement annuel n'a pas de sens, mais un gratuit ad hoc suffit.
Cas où c'est risqué
- Vous gérez un restaurant, bar ou snacking assujetti à la TVA : l'attestation NF525 devient obligatoire, et la conformité ne se discute pas.
- Vous avez plus d'une caisse simultanée en heure de pointe.
- Vous travaillez avec Uber Eats / Deliveroo et voulez une intégration directe.
- Votre chiffre dépasse 100 000 € annuel et la commission CB devient plus chère qu'un abonnement.
- Vous voulez un support réactif en cas de panne en plein service.
Le vrai bon calcul : coût total sur 3 ans
Plutôt que de comparer le prix mensuel ou la mention « gratuit », faites toujours un TCO sur 3 ans :
Coût total = Abonnement × 36 mois
+ Matériel
+ Commission CB (chiffre × % × 36 mois)
+ Modules additionnels × 36
+ Formation et mise en service
C'est le seul calcul qui ne ment pas. Et c'est quasiment toujours en faveur d'un abonnement tout-compris à tarif fixe lorsqu'un commerçant fait plus de 80-100 k€ de chiffre.
Pour un comparatif détaillé du coût d'une solution caisse complète, lisez notre article Combien coûte un logiciel de caisse pour un restaurant en 2026.
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